Dans un premier temps, Axelle Pinot a suivi une formation classique de danse et de théâtre. Elle a appris à utiliser son corps, à le travailler en le mettant au service d’un corps collectif. L’artiste a ensuite effectué un cursus à l’école nationale supérieure des beaux-arts de Lyon où elle a commencé à travailler la performance, souvent réalisée elle-même. Parfois devant — voire pour — l’appareil photo uniquement. Citons par exemple son projet Les chambres, consistant à se rendre chez ses proches et ses connaissances, en leur demandant de la photographier, invariablement habillée de leurs vêtements, assise sur leur lit. Regard caméra. Ainsi Axelle Pinot s’est construite et s’est exposée au regard d’autrui, au regard de cet Autre, qu’elle ignore. Il n’est pas encore là, mais arrivera bientôt. Dans ses performances, elle se rend disponible et cherche paradoxalement à maitriser et à contrôler son image, celle de son corps. Aussi a-t-elle décidé, plus tard, de ne plus performer live pour elle-même, mais de déléguer à d’autres personnes ses performances. Pensons à son installation vidéo Composition pour figures dans laquelle on découvre un groupe de jeunes femmes ressemblant de manière parfois troublante à l’artiste. Celles-ci s’observent les unes les autres, à travers des plaques de verre — à moins qu’il ne s’agissent de miroir ? — qu’elles tiennent, comme des écrans, face à elles. Récemment l’artiste a entamé une série de performances déléguées pour lesquelles elle travaille d’après des vernis à ongles trouvés dans le commerce. Du nom de chaque vernis, elle tire un protocole, que celui ou celle qui portera le vernis devra activer, réalisant ainsi la performance, de manière discrète, parfois inaperçue. Le porteur de Under my spell devra ainsi suivre la personne de son choix jusqu’à être démasqué, quand celui de Give me space évitera de mettre les pieds dans un certain endroit durant toute la journée. Ces performances se retrouvent alors exposées à travers le récit que l’artiste nous en fait, révélant ainsi les actions passées, celles qui bientôt auront lieu et, qui sait, celles qui sont peut-être activées, en ce moment, devant nous, sans que nous ne les ayons remarquées.

par Romain Gandolphe